Les dirigeants de la planète au chevet de l’Asie du Sud
À catastrophe exceptionnelle, réunion exceptionnelle. L’Indonésie, pays le plus durement frappé par le séisme du 26 décembre avec près de 100 000 morts, accueille aujourd’hui dans l’urgence à
Jakarta une conférence des pays donateurs de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), consacrée aux conséquences des tsunamis. La présence de 26 dirigeants de pays et d’organisations internationales confère à cette réunion régionale le statut de sommet international. Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, le secrétaire d’État américain Colin Powell, les premiers ministres chinois Wen Jiabao et japonais Junichiro Koizumi, le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, et le représentant du G8, le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, ont tenu à faire le déplacement dans la capitale indonésienne.
Les principaux objectifs de ce sommet sont de dresser un premier bilan sommaire des aides nécessaires à la reconstruction des zones sinistrées, de s’assurer que les deux milliards de dons promis seront bien versés, d’organiser la coordination de l’aide humanitaire et de réfléchir à la prévention des catastrophes naturelles dans la région. L’Indonésie a déjà chiffré à un milliard de dollars le coût de la reconstruction sur son sol. La Thaïlande estime avoir besoin de 200 millions d’euros par mois pour une période encore indéterminée. Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU, qui avait évoqué une reconstruction prenant « entre cinq et dix ans » et coûtant des « milliards de dollars », devrait faire une estimation plus précise et lancer un nouvel appel aux dons. La mise en place dans l’océan Indien d’un système d’alerte aux tsunamis comparable à celui existant dans le Pacifique devrait être décidée.
DES PAYS DÉJÀ
TRÈS ENDETTÉS
À l’initiative du G8, la question d’un moratoire sur les remboursements de la dette des pays touchés par la catastrophe sera évoquée. Très endettés, en particulier l’Indonésie, ces pays remboursent chaque année un total de trois milliards de dollars. Cette mesure devrait être entérinée le 12 janvier lors de la réunion du Club de Paris. Ce moratoire ne fait pas l’unanimité. L’Indonésie, qui n’a rien demandé, ne souhaite pas que celui-ci soit soumis à des conditions. Quant à l’Australie, elle doute de l’efficacité d’une telle mesure. « Les dettes ne sont généralement pas dues par les personnes qui ont besoin d’une aide. Elles sont dues par des organisations. Et rien ne nous garantit que si l’on décrète un moratoire sur la dette, ou qu’on efface la dette, cet argent finisse là où il devrait finir », a expliqué John Howard.
À l’occasion de ce sommet, certains participants pourraient augmenter leur aide. Le premier ministre australien John Howard devrait faire passer l’enveloppe de son pays de 46 millions de dollars à 385 millions. Le Fonds monétaire international devrait allouer « une
assistance d’urgence aux Maldives, au Sri Lanka et à l’Indonésie d’un milliard de dollars ». La Banque mondiale (250 millions de dollars de dons), l’Union européenne (436 millions d’euros) et le Japon (500 millions de dollars) devraient accroître également leurs aides.
Cette surenchère entre les États et les grandes organisations internationales est davantage dictée par des intérêts géopolitiques que par la solidarité à l’égard des victimes. Pour les États-Unis, il s’agit d’une occasion unique de redorer leur blason auprès des populations musulmanes après la guerre en Irak. Dès son arrivée en Indonésie, Colin Powell n’en a pas fait mystère : « Je pense donner au monde musulman et au reste du monde l’occasion de prendre la mesure de la générosité américaine et d’apprécier les valeurs américaines en action ».
UNE NOUVELLE FORCE
D’INTERVENTION CIVILE
L’ONU va profiter de ce sommet pour tenter de reprendre le leadership de l’action humanitaire internationale que lui contestent les États-Unis mais aussi l’UE. La Commission européenne devrait proposer la création dès 2007 d’une « force européenne d’intervention civile » composée de 5 000 hommes. L’Allemagne, premier donateur avec une promesse de 668 millions de dollars, et l’Inde, qui a refusé l’aide extérieure et propose ses services aux autres pays, entendent jouer dans la cour des grands afin d’obtenir in fine un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Quant à la Chine, elle a fait un effort financier relativement important (60 millions de dollars) pour contester la suprématie régionale du Japon, qui grâce à cette catastrophe, a pu déployer pour la première fois depuis 1945 des soldats dans la région sans provoquer la colère de ses voisins.
Il reste à espérer que cette compétition entre donateurs ne se limitera pas à des effets d’annonce. Kofi Annan préfère rester lucide : « Si je me fie au passé, alors oui je suis inquiet. Il est assez probable qu’au bout du compte nous ne recevions pas de telles sommes. »