Certes, comment ne pas comprendre le scepticisme de beaucoup d'enseignants, comment ne pas écouter leurs réticences quand on descend avec eux sur le terrain ?
Oui, promouvoir l'Internet à l'école a quelque chose d'indécent devant tous les besoins plus urgents pour lesquels un peu partout on ne trouve pas le premier franc.
Oui, trop d'écoles, voire trop de pouvoirs organisateurs, engagés dans une absurde course au prestige, précipitent leur connexion à l'Internet dans une improvisation pédagogique peu responsable qui laisse l'outil sous-employé, ou mal employé.
Oui encore, derrière l'Internet, de puissants intérêts commerciaux entretiennent la dangereuse illusion du multimédia informatique comme panacée pédagogique et encouragent la confusion définitive de la formation et de l'information du professeur et de l'animateur.
Oui toujours, l'Internet, à la fois boîte de Pandore et tour de Babel, risque fort de faire de l'ordinateur le flipper du Luna park scolaire post-moderne.
Oui toujours, utiliser l'Internet en classe de manière sérieuse, voire efficace demande un investissement personnel bien difficile à consentir quand les conditions générales de travail se sont objectivement si dégradées en une décennie, oui...
Oui, mais...
Mais ce serait gravement méconnaître l'Internet que décider par principe de le laisser au seuil de nos écoles, à la porte de nos classes. Qui d'ailleurs pourrait longtemps nier son incroyable richesse intrinsèque ?
Qui niera son importance, demain sans doute sa prééminence., dans le monde de la communication, et le rôle culturel, social et économique qu’il sera de ce fait appelé à jouer ?
Qui s'obstinera à ignorer toutes les ressources qu'il peut offrir à l'école au moment où elle traverse une crise fondamentale qui lui impose de se redéfinir vis-à-vis d'elle-même, de la société, et surtout des jeunes, qu'elle accueille de plus en plus difficilement ?
Ce serait gravement méconnaître l'Internet que refuser d'y voir une riche opportunité de rafraîchir l'institution scolaire, une riche opportunité de réhabiliter quelque peu la culture véhiculée par l'école, culture de l'effort gratuit dont la rentabilité est indirecte et à long terme, de la réhabiliter aux yeux de jeunes de plus en plus englués dans une culture marchande superficielle et déstructurante, culture trop polarisée sur le profit immédiat et le plaisir du divertissement facile.
L'Internet bien pensé peut, sans compromissions démagogiques, aider nos jeunes à mieux sentir l'école au sein de la société, les aider à donner du sens à leur scolarité.
Pas de naïveté pour autant : l’Internet n'a bien sûr pas de vertus magiques, qui promettraient un effet-miracle. Il est une des réponses disponibles à quelques-uns des multiples problèmes auxquels l'enseignant doit faire face aujourd’hui, une réponse dont l'efficacité sera nécessairement variable, voire aléatoire.
Mais, à moins de se résigner à toutes les frustrations engendrées par la crise actuelle de l'école, les enseignants ne sont-ils pas condamnés à essayer un peu toutes les solutions ?
Or, quand on a vraiment pris la mesure des possibilités pédagogiques et éducatives de l'Internet, comment ne pas avoir un peu envie de l’exploiter ?