Par IT
Une publicité pour un "pack" de deux téléphones mobiles, mettant en scène deux jeunes filles et baptisée "premier amour", a suscité ces dernières semaines une petite polémique au Gabon, pays qui tolère une homosexualité discrète.
Les autres affiches de la série mettent en scène des couples plus "classiques"; pourtant quand elles ont fleuri à Libreville, lors du lancement de la campagne à l'occasion de la Saint Valentin, elles ont fait réagir la presse gouvernementale: "La Saint-Valentin ne concerne-t-elle plus les individus de sexe opposés ?" s'est interrogé le quotidien l'Union.
"Ou bien les responsables de la société de téléphonie mobile, conscients d'un fait réel sous d'autres cieux et peut-être confidentiel chez nous, veulent susciter le débat sur la sexualité entre deux personnes de même sexe. Serait-ce aussi une façon subtile d'encourager la pratique?", questionne encore le journal.
La compagnie de téléphonie mobile Libertis, initiatrice de cette campagne, reconnait avoir reçu de nombreuses réactions, choquées ou amusées, de la part de ses clients: "La population ne s'est pas gênée pour nous donner son avis. C'est une image qui fait parler d'elle", se félicite un responsable de l'entreprise sous le couvert de l'anonymat.
"C'est le révélateur qu'en Afrique, les gens sont assez traditionalistes dans certains domaines", poursuit-il.
L'entreprise n'en est pas à son coup d'essai puisqu'une autre de ses publicités - recouvrant toute la façade d'un hôtel désaffecté sur la route du bord de mer - fait l'objet depuis plusieurs mois de débats: on y voit un jeune homme torse nu arborant un diadème, qui porte une fleur à son nez, le regard enjôleur.
"Il est avant-gardiste, il ose", se félicite un homosexuel gabonais, qui se fait appeler Olivier. Mais dans les taxis qui passent croisent, les critiques fusent sur ce personnage jugé "efféminé" et "provoquant".
L'homosexualité au Gabon, comme dans beaucoup de pays d'Afrique, est une pratique taboue mais elle ne relève pas du code pénal, contrairement à ce qui se passe au Sénégal, au Kenya, en Ouganda, ou même au Nigeria où elle est passible de la peine de mort.
Selon un journaliste librevillois, l'homosexualité est ici souvent considérée comme une maladie. Il cite le cas d'un jeune Gabonais "efféminé", envoyé par sa famille à Lambaréné (230 km au sud de Libreville) suivre des rites initiatiques "pour affermir sa virilité".
Lui-même, qui dit avoir des amis gays et "tolérer l'homosexualité", s'avoue choqué "qu'on en fasse la promotion".
"C'est encore un tabou, c'est une grosse hypocrisie", estime Olivier. La plupart des homosexuels au Gabon sont mariés, ont des enfants, de peur de vivre ouvertement leur sexualité, affirme-t-il.
L'homosexualité est tolérée quand elle n'est pas outrancière, explique-t-il. "On est agressé que si on est aguicheur, si on a des comportements qui choquent, si on fait la +grande folle+".
De son côté, Servais, la quarantaine, également gay, estime que les mentalités ont beaucoup changé. "On s'exprime davantage qu'avant", juge-t-il.
Lui-même assure vivre son homosexualité à découvert: tous ses proches sont au courant. "Je ne m'en cache pas. Je me sens libre ici", dit-il.
A Libreville, il n'existe pas d'association gay et seuls quelques rares endroits sont fréquentés exclusivement par des homosexuels.