Le juge d'instruction de l'affaire du crash, le 8 juin 2004, d'un avion d'une compagnie privée gabonaise, a rendu une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel pour les quatre inculpés, ont annoncé samedi les familles des victimes lors d'une conférence de presse. Le gérant de la compagnie Gabon Express, Robert Sobeck, et le commandant de bord de l'avion accidenté, Patrick Mbia, tous deux incarcérés, sont renvoyés pour homicides et blessures involontaires. Le secrétaire général de l'Aviation civile, Jean-Pierre Obiang Zué, et le responsable du bureau régional de Veritas, Bernard Dabezies, le sont pour complicité.
L'appareil de Gabon Express, un bimoteur britannique HS-748, s'était écrasé en mer le 8 juin dernier peu de temps après son décollage de l'aéroport de Libreville, provoquant la mort de 19 de ses 30 passagers et membres d'équipage.
Selon des sources proches du dossier, l'enquête a révélé de graves négligences dans l'entretien et le contrôle de l'appareil accidenté.
Des proches de victimes ont déploré samedi l'absence de responsables politiques parmi les personnes renvoyées devant le tribunal.
"Notre patience arrive à bout. Il y a des responsabilités à établir. Le gouvernement est impliqué à plusieurs niveaux dans ce drame", a expliqué Jacques Issembé, qui a perdu son épouse dans le crash, citant les circonstances dans lesquels ont été délivrés les certificats de navigabilité de l'appareil ou le manque de moyens et d'entraînement des secours.
Au cours de cette conférence de presse devant marquer l'anniversaire du drame, les familles des victimes ont donné lecture d'une lettre ouverte au chef de l'Etat Omar Bongo Ondimba, dans laquelle ils dénoncent l'opacité et la lenteur de l'enquête, dont ils disent être tenus à l'écart.
Elles y dénoncent notamment le refus du ministre de l'Intérieur d'enregistrer leur association et fustigent la Commission d'enquête administrative mise en place après le crash, qui "reste totalement muette sur les résultats de son enquête".
Un an après le drame, "aucun voile n'a été levé sur les circonstances du crash", déplorent les familles.
"Qu'ont-ils fait, nos morts, pour ne pas mériter le respect? Qu'avons nous fait nous, leurs familles et les rescapés, pour ne pas mériter réparations?", demandent-ils au président Bongo Ondimba dans cette lettre.
"Nous avons décidé d'écrire cette lettre ouverte au président car nous sommes à bout. On nous y a poussé", a expliqué Juste Joris Tindy-Poaty, dont le frère a péri dans la catastrophe, dénonçant le "silence méprisant" opposé aux familles et montrant une série de lettres adressées par les familles à divers responsables politiques et restées sans réponses.