Que trouve-t-on sur Internet? De tout ! De l'officiel et du privé, du scientifique et de l’artistique, du ludique, du commercial et du philanthropique, du grotesque, ... de l'immonde. Le meilleur y voisine donc le pire.
Comment renoncer au meilleur ?
Eduquer avec Internet, ce n'est peut-être pas facile à mettre en œuvre, mais c'est se doter d'un tel potentiel éducatif !
Sa très grande richesse documentaire, ses possibilités de publication constituent des ressources pédagogiques d'autant plus précieuses qu'elles se nimbent de la magie parfois certes très trompeuse, mais toujours si fascinante du "on line ", qui branche sur le monde comme le CD-ROM ne peut le faire.
Ajoutons-y le côté ludique que peut présenter la consultation de l'Internet, augmenté de la séduction que l'ordinateur lui-même exerce souvent : sollicité sans complaisance, l'Internet peut devenir l'atout majeur d'une relation éducative plus conviviale dans nos écoles qui ne savent parfois plus quoi inventer pour motiver les élèves.
Il est encore l'occasion unique d'une réconciliation entre la culture écrite -qui reste le fondement des contenus scolaires- et l'audiovisuel qui a envahi la culture de masse.
Il est autant une occasion de réhabiliter le texte écrit aux yeux des élèves que l'opportunité d'intégrer dans les processus éducatifs des médias audiovisuels auxquels l'école n'éduque pas assez.
Par ailleurs., si l'école doit certes se donner le temps d'apprendre à enseigner convenablement par l'Internet, ne doit-elle pas d’urgence se mettre à éduquer à l'Internet ?
Compte tenu de son rôle chaque jour plus important dans tous les domaines, l'Internet risque de précipiter des inégalités socio-économiques elles-mêmes croissantes.
Même s'il est demain accessible à tous, le coût du matériel et des connexions s'effondrant du fait d'une production massive stimulée par des enjeux commerciaux, combien auront eu le loisir d'en apprendre toutes les riches potentialités? Combien seront capables d'en maîtriser l'usage? Combien, de se défendre contre ses mauvais usages ?
Autant il serait regrettable de négliger tout le bon de l'outil, autant il serait irresponsable de ne pas affronter ses dangers.
Comment ignorer le pire ?
Une éducation critique s'impose donc, d’autant plus qu'à domicile, un grand nombre de nos jeunes déjà peuvent accéder à n'importe quelle page, user de n’importe quel service en déjouant trop facilement une vigilance parentale d'ailleurs très variable.
Or l'Internet, c'est, à l'échelle mondiale, une profusion de documents qui échappent à peu près à tout contrôle. Le médiocre et le pire s'y taillent forcément une belle place, bien plus qu'à la radio ou à la télévision, d'autant qu'ils peuvent y profiter d'un anonymat relatif
Ce n'est pas éduquer les jeunes qu’ignorer devant eux ce médiocre et ce pire, vers lequel beaucoup ont donc quand même tout loisir de se précipiter à la maison.
Et puis, parfait miroir du monde, ce grand réseau électronique est sans doute le plus puissant observatoire de la nature humaine, un témoin qui met à jour en permanence nos grandeurs et nos faiblesses, nos idéaux et nos pulsions les moins avouables, nos fêtes et nos tragédies,...
En tant que tel, à condition certes de le consulter avec de prudentes réserves, d'éviter évidemment toute complaisance, quel outil éducatif !
Miroir de tous les miroirs enfin, puisque l'Internet rend compte ou même véhicule tous les médias ! Quel journal n'y a pas son site ? Des télévisions, des radios du bout du monde sont aujourd'hui sur les écrans de nos ordinateurs et dans leurs haut-parleurs. Les éditeurs s'y bousculent, les classiques de la littérature s'y trouvent quelquefois en texte intégral ; le cinéma, la bande dessinée y font leur promotion et commencent à y inscrire leur histoire,...
Pratiquer alors l'Internet pour éduquer un peu à tous les médias.
Qui pourrait nier encore l'importance d'une éducation générale à l'audiovisuel, et même l'intérêt d'une pédagogie qui recourrait plus largement aux moyens audiovisuels ?
Bien peu d'établissements scolaires cependant peuvent prétendre en faire assez en la matière.
Quel épanouissement personnel, quelle citoyenneté responsable peut-on alors espérer d’acteurs sociaux qui n'auraient pas été suffisamment avertis de tous les dangers, de toutes les dérives de la surabondance médiatique qui les sollicite quotidiennement : dispersion, voire saturation de la curiosité, dilution de la qualité dans la quantité, concessions complaisantes à la médiocrité et à la facilité, manipulations commerciales ou idéologiques, supercheries diverses, fanatisme, perversions?
Conclusion.
L'ordinateur ou le tableau noir ? La question est finalement vaine : l'ordinateur multimédia branché sur Internet n'a de sens à l'école que s'il donne du sens à ce que le professeur explique à l'aide du tableau, que s'il donne du sens à la mission du professeur, à la présence des élèves devant ce tableau, à leur confrontation à cette matière.
Parce que l'ordinateur connecté à Internet constitue une puissante ouverture sur les mille et un visages de la "réalité", parce que son caractère multimédia offre une riche séduction intrinsèque, bref parce qu'il constitue une source potentielle de plaisir et d'éveil, il serait dommage que l'école ne s'en serve pas pour renforcer, ranimer ou même susciter la motivation des élèves en les aidant à comprendre les vrais enjeux de leur scolarité, à donner du sens à leur présence à l'école, aux exigences de celle-ci?