Problématique des inondations à Libreville :
étude de cas autour des principaux bassins versants de Libreville
L’étude des inondations à Libreville montre qu’il existe une combinaison de cause qui en sont à l’origine : le milieu naturel favorable aux inondations et le rôle aggravant des facteurs anthropiques. En effet, située au Nord-Ouest du Gabon, sur la rive droite de l’Estuaire du Komo, entre 0°25’ Nord et 9°16’E et compte six (6) principaux bassins versants ( Arambo, Awondo, Gué-Gué, Ogombié, Mbatavéa, Mékangoué). La ville appartient au domaine du climat équatorial caractérisé par une saison des pluies et une saison sèche. La saison des pluies est bimodale. Elle va de septembre à mai et présente deux maxima pluviométriques. Le maximum principal, période d’abondance pluviométrique, correspond aux mois de septembre, octobre, novembre. Au cours de ceux-ci, on enregistre 638,9mm d’eau en moyenne par mois. Par ailleurs, le maximum secondaire correspond aux mois de mars, avril, mai et enregistre 476,9 mm d’eau en moyenne par mois. Cette pluviométrie abondante et élevée influe sur l’écoulement de surface. Cet écoulement de surface est amplifié par les facteurs locaux, notamment la topographie et les caractéristiques hydrodynamiques des bassins versants. En effet, La ville repose sur la plaine littorale du bassin sédimentaire côtier caractérisé par une succession de collines et de vallées à fond plat. Ces vallées, drainées par un réseau hydrographique dense et ramifié, subissent l’influence des précipitations et le flux marin qui se traduisent par la submersion des lits mineurs et majeurs des cours d’eau. A Libreville, l’écoulement de surface (ruissellement) est régis par le taux de couverture du sol (réduction du couvert végétal), sa structure (sablo-argileuse), son état de tassement, l’intensité des pluies et les aménagements. De plus, dans les bassins versants de Libreville, la nappe est proche de la surface. Par conséquent, l’état de la réserve hydrologique est marqué directement dans le paysage par des zones humides saturées. Toutes ces conditions naturelles réunies font qu’en saison pluvieuse, Libreville subissent des inondations récurrentes qu’on observe à chaque pluie. Si l’ensemble des conditions du milieu naturel sont la cause des inondations à Libreville, elles ne suffisent pas pour expliquer leur genèse. L’action anthropique joue un rôle aggravant dans l’occurrence des inondations en leur donnant une nouvelle dimension.
En effet, Libreville, capitale politique et administrative du Gabon, connaît une croissance démographique qui s’est accélérée depuis les années 1980-1990. en effet, suivant le processus normal d’accroissement démographique, la ville a enregistré un gain de populations de 244156 habitants, passant de 185000 habitants en 1985 à 429 156 habitants en 1993. cette croissance démographique n’a pas été sans conséquences. Elle s’es traduite par une extension de la ville au-delà des sites initiaux et surtout une prolifération des quartiers dans des zones hydromorphes (cours d’eau, marais, marécages,…). Ces aménagements ont eu pour conséquences le remblaiement des zones marécageuses, la déviation, voire la suppression des lits mineurs et élargissement de lits majeurs des cours d’eau. Tous ces aménagements constituent des obstacles à l’écoulement normal des eaux d’autant plus qu’aujourd’hui, Libreville dispose d’un réseau de drainage des eaux pluviales faiblement fonctionnel (108 km de drains dont 10km de cours d’eau naturel), sous-dimensionné, colmaté par des ordures ménagères, des sédiments et par la végétation. Si bien qu’en saison pluvieuse, l’eau ne pouvant plus s’écoulé e normalement, s’accumule dans les fonds de vallées, inondant routes et habitations.
Les inondations à Libreville occasionnent des conséquences d’ordre environnementale et socioéconomique très importantes. Les conséquences environnementales sont liées aux risques géomorphologiques, aux problèmes de pollution et de maladies. En effet, les risques géomorphologiques sont liées au recul des berges et aux glissements de terrains qui affectent des maisons et infrastructures situées à proximité des berges des cours d'eau. en 1996, environ 101 cas de glissement de terrains provoquant le dégradation du bâti ont été inventoriés lors des inondations de 1996. Quant aux problèmes d’environnement, ils sont en relation avec les mauvaises conditions d’hygiène, notamment la construction des latrines, des fosses sceptiques dans les zones hydromorphes. Or, les inondations provoquent la remontée des eaux issues des fosses sceptiques et des latrines qui envahissent les maisons. Cette situation favorise les maladies hydriques telles que les parasitoses vectorielles (bilharzioses , trypanosomiase…) et non vectorielles ( l’amibiase, le choléra…). Ces maladies liées à l’environnement représentent 45% des pathologies qui affectent les populations dans les bassins versants de Libreville.
Concernant les dommages socioéconomiques, ils sont difficiles à estimer. Cependant, en 2000, 680 ménages environ, soit 4500 personnes étaient touchées directement par les inondations. S’agissant des dégâts matériels, ils concernent les biens électroménagers, la literie et les ustensiles de cuisine, les effets scolaires, …Au-delà de ces dégâts, la plupart des maisons sont aujourd’hui abandonnées lorsqu’elles ne sont pas occupées à temps partiel ( en saison sèche). A titre indicatifs, une évaluation des dégâts d’une inondations à Libreville est estimée à 193 4000 000 de F CFA de coûts directs (biens électroménagers seulement). De la même manière, au titre des aides et secours apportés par l’Etat aux personnes sinistrées des inondations, environ 195 000 000 F CFA ont été accordés à plus de 650 familles sinistrées en 1996. Ce montant représente 74,25% des aides financières allouées par l’Etat à la ville de Libreville au cours de la même année. Mais, si les dégâts matériels peuvent se prêter à une évaluation. Mais comment évaluer les pertes en vies humaines et les préjudices moraux provoqués par les inondations ?
Outre les conséquences environnementales et socioéconomiques, les inondations entraînent également les conflits sociaux urbains. Ceux-ci se traduisent le plus souvent par les coupures de routes par les habitants qui protestent contre les autorités. Car, selon eux, elles sont responsables de leurs malheurs dans la mesure où elles ne veulent pas assurer l’assainissement des voiries urbaines pour trouver une solution définitive aux problèmes d’inondations à Libreville. Comme on le voit, les inondations à Libreville sont devenues un facteur de pauvreté, de maladies et de misère ; un problème de société auquel il faut trouver des solutions.
Pour lutter contre les inondations à Libreville, il faut appliquer les mesures structurelles et les mesures réglementaires.
Les mesures réglementaires sont liées à la mise en place et à l’application des textes qui réglementent la prévention. Ces textes concernent le décret n°1113/PR/MSSBE du 9 août 1982, relatif à l’aide aux personnes victimes des calamités naturelles ; l’ordonnance 24/83/PR du 18 avril 1993 sur la surveillance et la planification de l’urbanisme, notamment l’application du schéma directeur d’urbanisme ; la loi 16/93 du 23 août 1993 relative à la protection et à l’amélioration de l’environnement, à la mise en œuvre d’une politique de planification et d’aménagement du territoire qui privilégie la lutte et la prévention contre les nuisances. ; l’établissement des Plans d’Exposition aux Risques (•PER). Ceux-ci prévoient l’établissement d’une cartographie qui déterminent des zones d’aléas, de vulnérabilité et de risque. A coté de ces textes, ils faut des campagne d’information et de sensibilisation des populations quant aux dangers qu’ils encourent en s’installant dans les zones inondables.
Concernant les mesures structurelles, elles concernent la mise en place d’une restructuration des quartiers à habitat spontané. Compte tenu de la gravité des inondations à Libreville, le logement peut être une priorité pour trouver une solution définitive à la prolifération des quartiers anarchiques dans les zones à risques d’inondation. Par ailleurs, le développement de l’habitat salubre passe par le déguerpissement des quartiers spontanés, par la réalisation des ouvrages hydrauliques correctifs et par l’assainissement régulier des canaux et caniveaux. A ce titre, le projet de réalisation des canaux de drainage des eaux pluviales dans les cinq (5) bassins versants de Libreville (Batavéa, Awondo, Arambo, Gué Gué, Lowé) annoncé par le Gouvernement Gabonais le 7 février 1997 peut être réactualiser et appliquer afin de doter de Libreville d’un réseau d’assainissement répondant aux défis de l’urbanisation. Mais, ces mesures ne peuvent être efficace que s’il existe une gestion régulière et cohérente des ordures ménagères.
La problématique des inondations à Libreville
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