Maurice EKOME WAGA, Mémoire de Maîtrise Géographie
"Les risques naturels en milieu urbain:
le cas des inondations à Libreville (GABON)"

DISCOURS DE SOUTENANCE

Le 29 Septembre 2003 à 9h00’
(Salle de 2ème Année Géographie)


UNIVERSITE OMAR BONGO
(Libreville)






Devant le jury composé des enseignants :
M. Jean-Damien MALOBA MAKANGA (Président),
M. Jean-Bernard MOMBO et Mme Marie-Thérèse ITONGO (Directeurs),
Mme Evelyne Solange NDOULOU LOUBAMONO (Examinateur).

Je vous remercie, M. le Président du Jury, de me passer la parole et de me permettre ainsi de présenter aux membres du jury mon mémoire de maîtrise dont le thème est :
"Les risques naturels en milieu urbain. Le cas des inondations à Libreville (GABON)".
Avant d’en arriver à vous faire l’économie de ce travail, je souhaiterais qu’il me soit permis, M. le Président, de vous exprimer toute ma gratitude pour avoir accepté de sacrifier de votre temps précieux pour présider cette séance. J’exprime le même sentiment de reconnaissance à l’endroit des autres membres du jury : à mes deux Directeurs de recherche M. Jean-Bernard MOMBO et Mme Marie-Thérèse ITONGO. Je tiens à exprimer publiquement ma reconnaissance pour toute la patience dont ils ont fait preuve à mon endroit durant toutes ces longues années de compagnonnage ; à Mme Solange LOUBAMONO, pour avoir accepté de faire partie de ce jury de soutenance. Ma reconnaissance va enfin à l’endroit des parents, enseignants et condisciples qui sont présents ce matin dans cette salle.
M. le Président, Mmes M. les membres du jury, le thème de notre étude, " Les risques naturels en milieu urbain : le cas des inondations à Libreville (GABON)" nous a été inspiré par deux faits :
  • d’abord une certaine envie d’étudier l’origine et d’analyser la diversité des conséquences des inondations dans les villes gabonaises, et particulièrement à Libreville ;
    ensuite, l’insuffisance de travaux universitaires sur la question spécifiques de l’évaluation des dommages des inondations dans les villes gabonaises. A l’époque où ce travail a été entrepris, nous ne connaissions qu’une thèse de doctorat ( 1999 ) et trois mémoires de maîtrise ( 1995, 1996 ) qui n’abordaient pas suffisamment, de façon quantitative, les dégâts causés par les inondations et les coûts qui y sont associés.
    Ainsi, l’objet du travail que nous avons entrepris me semblait être devoir prioritairement une étude des perturbations écologiques ainsi que les préjudices humains, matériels et financiers des inondations à Libreville. Cette préoccupation, qui privilégie une analyse socioéconomique, tout en recherchant les facteurs explicatifs de telles conséquences, rejoint en réalité le souci qui est le notre de dégager les axes de réflexion sur les rapports entre les risques naturels d’inondations et les sociétés humaines. En somme, il s’agit de montrer que les inondations sont un risque naturel dommageable source de pauvreté, de misère et de maladies. C’est à partir de ce postulat que nous avons élaboré notre problématique à savoir : quelle est la nature des dégâts et des pertes causées par les inondations et pourquoi celles-ci font-elles l’objet d’enjeux socioéconomiques ?
    En travaillant sur le thème des risques naturels d’inondations à Libreville, nous nous donnions un moyen géographique de réfléchir sur les interactions entre le fonctionnement du milieu naturel et les sociétés humaines. A cet effet, nous avons émis l’hypothèse fondamentale selon laquelle les inondations ont des conséquences sur les personnes, les biens meubles et immeubles et sur l’environnement. Ces conséquences sont dues à l’occupation dense et anarchique des fonds de vallées et des lits des rivières. Elles entraînent des dommages d’autant plus importants que les populations sont installées dans les zones inondables sans moyens de protection appropriés.
    Une telle étude, pour être crédible, ne peut s’appuyer que sur les données quantitatives et qualitatives. C’est ainsi que nous nous sommes servi, non seulement des archives du recensement et des procès verbaux des sinistrés des inondations du 16 avril 1996 à Libreville, mais encore des ouvrages en rapports avec les risques naturels que nous avons cité en bibliographie. Et, dans la conduite de notre démarche, nous avons utilisé le modèle théorique de type hypothético-déductif et notre approche a été celle de géographie des risques naturels. Cette dernière analyse les phénomènes naturels générateurs de dommages dans un système et une société dont les comportements et les activités dépendent des seuils culturels.
    Pour l’organisation de ce travail, notre plan repose sur deux parties de deux chapitres chacune. Dans la première partie, il s’agit de présenter les milieux naturel et humain de Libreville. Tandis que la seconde partie est consacrée aux incidences des inondations sur l’environnement, les personnes et les biens. Ici, au-delà des coûts qu’elles entraînent, nous montrons que les inondations à Libreville sont un danger, un facteur d’insécurité qui porte atteinte au bien-être des populations.
    M. le Président, Mmes et M. les membres du jury, ce travail aura donc permis de montrer les dommages et la diversité des conséquences des inondations à Libreville. En effet, l’étude a taché de montrer que ces conséquences ont un impact sur le bien-être des populations qui vivent dans des zones inondables. Ce qu’un désintérêt politique prolongé fait entretenir, voire aggraver à cause de l’incapacité de développer les moyens de lutte contre les inondations. Au regard de cette situation, quels moyens doit-on mettre en œuvre pour prévenir les inondations à Libreville ?
    La gestion des inondations à Libreville devra chercher à mettre au point une politique cohérente pour prévoir la manifestation des inondations et d’en réduire par la prévention, en l’occurrence, la gravité et le coût des dommages lorsque surviennent ces phénomènes. Mais, à Libreville, la fréquence des inondations et l’implantation des populations dans les zones inondables, rendent difficile, à moins de se lancer dans de véritables travaux d’hercule, de s’en protéger totalement. Il faut que des mises en garde soient entendues et prises en compte par les populations intéressées. Ce qui n’est pas souvent le cas. Faute de ne pas pouvoir dompter les inondations, le mieux est de ne pas s’y exposer, c’est-à-dire de ne plus construire dans les zones inondables. Cette tâche préventive revient en premier lieu aux pouvoirs publics, responsables de l’urbanisme. Mais, elle demande encore du temps et de la constante pour être menée efficacement. Cette politique exige beaucoup de pédagogie de la part de l’Etat, encore faut-il se souvenir qu’un tel effort ne peut grand chose pour la protection des quartiers, des maisons construits dans des zones menacées. Il faut dans ce cas l’accompagner de travaux de protection comme les ouvrages hydrauliques correctifs, le contrôle de l’urbanisme, ou encore procéder au déguerpissement des populations installées dans les zones inondables. Ce sont parfois des décisions à "hauts risques" que ces pouvoirs publics doivent prendre.
    M. le Président, Mmes et M ; les membres du jury, les difficultés que nous avons rencontré pour réaliser ce travail sont de trois ordres :
  • d’abord les difficultés inhérentes à l’objet d’étude. En dépit des apparences, l’objet que nous avons étudié est un objet aux contours fuyants. Fuyants parce qu’il est au carrefour de la géographie, de la sociologie, de l’économie, de la psychologie… Ce qui explique que le problème s’est constamment posé pour nous de collecter les données pour éclairer le cœur du problème ; par exemple les aspects psychologiques du risque, c’est-à-dire ceux qui incarnent le souci, l’inquiétude, la peur… ;
  • ensuite les difficultés liées à l’étude du risque en lui même car, quand on travaille sur un risque tel que les inondations, on est obligé d’aborder des risques secondaire, des systèmes de risques, des risques en chaîne qui résultent des inondations ;
  • enfin, l’absence de stations hydrométriques pour mener une étude de crue. A cela, il faut ajouter le manque de données sur les dégâts des équipements publics, les jardins de case et surtout l’insuffisance des informations sur les moyens mis en œuvre par l’Etat lors du recensement des sinistrés. En effet, le risque ne se comptabilise pas seulement en terme de vies humaines ou de coûts de dégâts, mais aussi en terme de moyens matériels et financiers injectés dans l’organisation du recensement des sinistrés.
    En conclusion nous nous interrogeons sur les conséquences à long terme que peuvent prendre la problématique des inondations dans les villes gabonaises ? Quelles mesures de développement doivent en effet être définies et adoptées pour mettre en place une politique de prévention des risques naturels au Gabon ?
    C’est par ces mots que je termine mon propos et je vous remercie.
    Je vous remercie